LE
STIMULATEUR CARDIAQUE
POURQUOI METTRE EN PLACE UN STIMULATEUR CARDIAQUE ?
Le système de conduction
de l'électricité intracardiaque peut être altéré, rarement par un défaut
congénital, beaucoup plus fréquemment par un défaut acquis dû au vieillissement, à
une cardiomyopathie, à l'hypertension artérielle ou à une maladie coronaire par
exemple.
Cela se traduit, pour le patient, par un coeur trop lent et par la survenue de malaises,
allant d'une simple absence à la syncope avec chute (parfois avec traumatisme crânien,
fractures), toutes ces manifestations témoignant d'une irrigation cérébrale
insuffisante. C'est dans ce type de pathologies qu'un stimulateur cardiaque (apparu en
1959) sera proposé.
Parfois quelques examens seront pratiqués pour en confirmer l'indication : enregistrement
électrocardiographique pendant 24 heures (Holter), exploration des voies de conduction
comportant une montée de sonde au niveau du coeur (exploration électrophysiologique).
COMMENT EST FAIT UN STIMULATEUR CARDIAQUE ?
Pour stimuler un coeur il
faut deux éléments :
- Un ou deux fils d'électrodes,
- Un générateur d'impulsions.
Les
fils électrodes
Ils sont vissés dans le connecteur qui surmonte la partie métallique du stimulateur. Le
fil est constitué de spires métalliques recouvertes d'un isolant. Il se termine par une
extrémité - l'électrode - destinée à être placée à l'intérieur de l'oreillette
(sonde atriale) ou du ventricule droit . Cette électrode est en platine ou en carbone
surmontée de petites barbes qui servent à l'accrocher au niveau de l'endocarde (tunique
interne du coeur). il existe aussi des électrodes constituées d'une vis, surtout
utilisées pour être fixées dans l'oreillette. |
 Extrémité des sondes d'implantation |
Les fils
dit "bipolaires" comportent deux conducteurs isolés individuellement, terminés
par deux électrodes intracardiaques. La stimulation peut être bipolaire (à condition
que la sonde soit bipolaire) ou unipolaire, dans ce cas c'est le métal du stimulateur qui
fait masse (pôle positif).
Le générateur
d'impulsions
C'est le stimulateur proprement dit, appelé souvent pacemaker, surnommé pile. il est
constitué de deux parties :
- une pile chimique comportant du lithium
associé à de l'iode,
- un circuit électronique.
Le tout est incorporé
dans un boitier en titane léger (environ 25 g), mince (6 à 8 mm d'épaisseur), aux
formes étudiées pour passer le plus inaperçu possible une fois implanté.
Les stimulateurs "monochambres" ne comportent qu'une sortie destinée au
ventricule (presque toujours) ou à l'oreillette (très rarement). Les modèles
"doubles chambres" stimulent oreillette et ventricule. en 1999, plus de 60% des
stimulateurs étaient double chambre. On parle de stimulateurs asservis (mono ou double
chambre) quand ils incorporent un dispositif permettant une accélération à l'effort.
Presque tous les stimulateurs modernes sont asservis.
LA
MISE EN PLACE
L'intervention
Elle se fait presque toujours sous anesthésie locale. Le procédé en est simple : le
cardiologue fait une petite incision au niveau du pli de l'épaule qui servira à
introduire les électrodes et le stimulateur. Les sondes sont poussées, sous contrôle
radioscopique, jusqu'au ventricule et / ou l'oreillette droite. Après diverses mesures,
le stimulateur est placé sous la peau préalablement décollée. L'intervention dure
environ 3/4 d'heures, parfois un peu plus, parfois un peu moins ; elle est, en règle
générale, fort bien supportée. La douleur post-opératoire est acceptable, le patient
peut se lever immédiatement ou le lendemain de l'intervention, il ne reste hospitalisé
que quelques jours sauf cas particulier.
Le retour chez soi est ensuite possible muni d'un carnet de surveillance mentionnant : les
caractéristiques du stimulateur et de l'électrode, les réglages sélectionnés, la date
du premier rendez-vous de contrôle. |
 Position du stimulateur
cardiaque :
1 : Stimulateur cardiaque ; 2 : Veine Cave,
3 : Electrode ; 4 : Artère pulmonaire,
5: Aorte. |
LA SURVEILLANCE
La surveillance
locale et initiale
La cicatrisation n'est
pas terminée à la sortie de l'hôpital. Il faut donc surveiller l'évolution jusqu'à
l'ablation du fil de suture vers le dixième jour (s'il ne s'agit pas d'un fil
résorbable). Toute rougeur, douleur au niveau d'un angle du boitier, toute fièvre et
surtout tout écoulement apparaissant après l'intervention indiquent une mauvaise
tolérance ou une infection. Une consultation auprès du Centre d'implantation s'impose
sans délai. Bains et douches sont autorisés à partir du quinzième jour, voire avant si
la cicatrice est protégée par un pansement hermétique.
L'apparition de contractions rythmiques des muscles autours du boitier, ou la survenue
d'un gonflement du bras du côté implanté avec sensation de lourdeur et de
fourmillements doivent également être signalés sans retard.
Un mois à six semaines
après l'implantation, un contrôle auprès du Centre d'implantation ou du cardiologue est
nécessaire.

Appareil permettant le
contrôle et la programmation.
La surveillance à
long terme
Au troisième mois, le
médecin stimuliste procède aux réglages éventuels et définitifs du stimulateur
implanté en se servant d'un programmateur.
Le stimulateur : une
sécurité, pas un handicap.
Grâce au stimulateur, les symptômes induits par les ralentissements excessifs de la
fréquence cardiaque vont disparaître. tout ce qui était interdit avant l'implantation
est dorénavant autorisé : conduite automobile, jardinage, voyages, travaux ménagers,
etc.
Attention ! chaque patient est un cas particulier, certains ont un coeur en parfait état,
d'autres, mis à part leur problème de conduction, ont un myocarde fatigué ; c'est donc
au cardiologue ou au médecin traitant de donner des directives précises. Le stimulateur
n'interdit pas, mais au contraire autorise la prescription de certains médicaments
pouvant s'avérer dangereux chez un sujet ayant un coeur lent.
La durée de vie des
stimulateurs est variable, elle dépend de la capacité de la pile, de la fréquence de
stimulation, de la consommation de courant. Grâce à la programmation, on peut
généralement réduire la consommation et augmenter la longévité. Les stimulateurs sont
garantis quatre ans, ils dépassent généralement cinq voire sept ans. Ce n'est pas parce
qu'un stimulateur "dépanne" en permanence qu'il faut s'inquiéter, la
longévité théorique est calculée avec une stimulation à 100%.
L'usure
Les signes d'usure varient selon les modèles de stimulateurs. Ils surviennent très
progressivement, en plusieurs mois. Le cardiologue peut déceler les premiers signes
d'usure - survenant sans aucune modification de fonctionnement - en se servant d'un aimant
ou, c'est plus précis, grâce au programmateur servant au réglage. Une vérification
cardiologique tous les quatre à six mois permet une grande sécurité. Si les premiers
signes d'usure ne sont pas identifié par le spécialiste, le stimulateur se ralentit (10%
environ) ou devient incapable de s'accélérer à l'effort. Le patient ou le médecin
peuvent s'en rendre compte, il reste encore quelques mois avant que l'appareil s'arrête
par épuisement de sa pile. Ce comportement assure une grande sécurité. Il suffit d'un
minimum de précautions. La surveillance doit bien sûr être rapprochée (tous les trois
à quatre mois) quand le stimulateur approche du terme de sa durée de vie théorique.
Le type de pannes
Aucun appareillage n'est parfait, des problèmes peuvent intervenir concernant plus les
fils que le stimulateur. Tout malaise, essoufflement anormal, et bien entendu, toute
syncope, doivent faire suspecter une défaillance possible de l'appareillage.
N'oubliez pas de faire un
bilan cardiologique deux fois par an, même si tout va bien. Il est inutile de prendre son
pouls sauf en cas de symptômes pouvant faire suspecter une panne. Le stimulateur est un
corps étranger. S'il fait mal, si la peau rougit ou est anormalement fine en regard du
stimulateur, il faut immédiatement demander l'avis du médecin implanteur qui peut
éventuellement réenfouir le stimulateur plus profondément.
Le changement de
stimulateur
C'est une intervention encore plus simple que la mise en place initiale puisqu'il suffit
de déconnecter l'ancien boîtier et de le remplacer par un nouveau. Si l'électrode est
très ancienne ou suspecte, on peu la changer, ce qui complique un peu l'intervention,
mais il n'y a rien d'alarmant. Pendant la déconnection des sondes, un stimulateur externe
assure le relais et évite les possibles arrêts cardiaques.
LES PRECAUTIONS DE LA VIE QUOTIDIENNE
Les trois premiers
mois : le rodage
Le patient doit s'habituer psychologiquement et physiquement à cette
trentaine de grammes supplémentaires. Quelques règles élementaires sont à respecter
pour prévenir les incidents ou, à défaut, les détecter avant qu'ils ne dégénèrent
en accident.
Evitez les mouvements
violents et prolongés du bras pouvant entraîner des lésions des tissus au contact du
boîtier et au pire un véritable rejet mécanique avec perforation de la peau. On
déconseille l'usage intensif de la faux, de la cisaille, du rabot et de toute activité
faisant beaucoup bouger le stimulateur. Les chasseurs, les joueurs de tennis,
préviendront le médecin qui mettra en place le stimulateur du côté du bras le moins
sollicité. La tendance est d'implanter les stimulateurs à gauche chez les droitiers.
Il n'est pas interdit de
se coucher du côté du stimulateur, l'appareil doit être mobile sous la peau, il a
toujours tendance à migrer légèrement vers le bas.
L'environnement
"Mon stimulateur cardiaque peut-il être déréglé par des influences extérieures
?"
Les constructeurs ont équipé progressivement les stimulateurs cardiaques de protections
qui sont aujourd'hui d'une très grande efficacité pour prévenir tout dérèglement du
système de stimulation face à la majorité des interférences possibles. Il existe
néanmoins des situations à risques et des précautions élémentaires à prendre.
L'environnement de
la vie courante
L'environnement domestique ne pose généralement guère de problèmes d'interférences.
Un patient implanté doit impérativement éviter de réparer des moteurs électriques en
marche et de s'exposer plus que tout autre aux risques d'électrocution.
Les appareils
électroménagers ne font pas courir de risques particuliers dans leur ensemble
s'ils sont en état normal de fonctionnement : télévision (même de près), jeux vidéo,
magnétoscope, emploi d'une télécommande, aspirateurs, robots ménagers, fours
électriques, fours à micro-ondes, plaques chauffantes vitro-céramiques. Les plaques
à induction, par contre, constituent un risque potentiel sérieux pour un
porteur de stimulateur cardiaque.
Les systèmes
d'alarme domestiques n'ont aucune influence sur les stimulateurs cardiaques. Il
en est de même des téléalarmes, ces émetteurs que des personnes généralement âgées
portent en collier, et qui peuvent être actionnés pour déclencher automatiquement par
un système téléphonique une alarme dans un centre choisi.
Les téléphones
sans fil utilisés à la maison ne posent aucun problème. Les téléphones
"portables" doivent être utilisés à une distance d'au moins 15 cm du
stimulateur cardiaque. Bien que le risque d'interférence soit minime avec ces appareils
de 2 watts, il vaut mieux ne pas les ranger dans une poche en regard du stimulateur et se
servir de l'oreille droite si le stimulateur est à gauche ...
A l'atelier ou
au jardin, il n'y a aucun problème à utiliser un appareillage électrique en
bon état de marche, à condition que l'on n'approche pas un moteur électrique au contact
de l'épaule où est implanté le stimulateur.
Hors de chez soi,
les lieux potentiellement très dangereux pour un porteur de stimulateur cardiaque
(transformateurs électriques, radars ...) sont de toute façon inaccessibles au public.
On a pu montrer par ailleurs que le voisinage de lignes à haute tension n'a, dans
l'immense majorité des cas, aucune influence sur les systèmes de stimulation cardiaque.
Les portiques de
détection d'armes utilisés dans les aéroports, sont sans danger avec les
stimulateurs modernes qui peuvent tout au plus enclencher une fausse alarme. La tradition
veut que le porteur de stimulateur ne passe pas au travers de ces portiques en présentant
sa carte d'identification aux services de sécurité.
Les portiques
antivols, placés à la sortie des magasins, sont de conception très variable,
la plupart sont sans danger. Quelques-uns peuvent provoquer une accélération ou un
arrêt du stimulateur pendant la traversée. Le danger est plus potentiel que réel. Par
prudence on conseille de ne pas s'attarder dans les portiques et de signaler tout
symptôme anormal motivant une enquête. Il est tout-à-fait inutile de faire
l'acquisition d'une "chemise blindée".
Les interférences
rencontrées dans la vie professionnelle
Certaines professions exposent les porteurs de stimulateurs à des interférences
électriques, magnétiques et électromagnétiques parfois très importantes et
susceptibles d'être nuisibles à la qualité de la stimulation cardiaque. Les
circonstances d'exposition étant innombrables, il est impossible de les envisager toutes.
Il est conseillé, chaque fois que cela est possible, de considérer le risque en accord
avec le médecin du travail.
L'environnement
médical
Les sources dangereuses sont maintenat bien connues des professionnels de santé. Il
s'agit surtout de l'usage du bistouri électrique, des séances de radiothérapie, de
lithotritie et de l'imagerie par I.R.M. (ce type d'imagerie, dite par résonnance
magnétique nucléaire, est d'ailleurs contre-indiqué à tout porteur de stimulateur
cardiaque). La seule précaution à prendre est d'informer au préalable ces médecins. Il
faudra également prévenir son chirurgien dentiste de la présence et de la localisation
du stimulateur cardiaque, de même que son masseur kinésithérapeute.
EN CONCLUSION
Un appareillage fiable,
une technique d'implantation simple, une vie quasi normale, des contrôles cardiologiques
tous les six mois, voila ce qu'il faut garder en mémoire. N'oubliez pas que le
stimulateur ne fait que traiter le coeur lent. Le pouls ne doit jamais descendre
en-dessous de la valeur signalée comme signe d'usure mais il peut s'accélérer. Le
stimulateur n'est pas un régulateur, il interdit simplement au coeur de descendre en
dessous d'une certaine fréquence. L'usure est progressive, détectée par le cardiologue
avant tout symptôme.
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